Les nounous : les perles rares

 

Après les trois mois de maternité, les mamans se trouvent face à un grand dilemme : abandonner le travail, inscrire le nourrisson dans une crèche ou recruter une nounou, des choix qui s’avèrent cornéliens.  la majorité des parents optent pour la baby Sitter malgré ses exigences et son salaire très élevé. Reportage

 

Il est 8h 30 dans une crèche casablancaise, Ghita conduit sa petite fille âgée d’à peine 8 mois à l’école puisque sa nounou a tardé à venir « c’est mon pain quotidien, depuis que j’ai repris le travail, je galère tous les jours avec Inès. Malgré son salaire trop élevé elle s’amuse à tarder voir même à s’absenter. Cette situation me crée énormément de problème. Elle touche 300 Dhs la journée, elle ne fait pas de ménage, elle s’occupe uniquement de ma petite qui passe la moitié de la journée au lit. Pour résoudre ce problème, j’ai inscrit ma petite dans une crèche au cas où la nurse ne vient pas. Mon salaire ne me suffit plus, il couvre à peine le salaire de la baby Sitter, la crèche et les couches de ma petite. Cette situation est très angoissante. »

Ghita n’est pas la seule à souffrir de ce problème, des milliers de femmes comme elle endurent à cause de la baby Sitter. Cette dernière est devenue une monnaie rare comme l’explique Houda « ma nurse a gardé mon aîné durant 3 ans, elle passait la nuit dans sa chambre, et au moment où elle est devenue indispensable pour Ghali elle a pris ses bagages et a quitté la maison sans prévenir. Mon petit ne dort plus et il refuse de manger parce que sa nounou lui manque. J’ai fait le tour des agences de recrutement et des écoles qui forment les nurses, en vain, soit elles demandent des prix exorbitants, soit elles ne savent pas prendre soin d’un enfant ou bien elle refuse de faire le ménage. Honnêtement, je n’ai pas les moyens pour payer la femme de ménage, l’école et la nurse. Je ne peux pas non plus quitter mon travail pour prendre soin de mon enfant, parce que nous avons beaucoup de crédits et un seul salaire ne suffira jamais »

Avoir une baby Sitter est devenue indispensable à nos jours, puisque la majorité des parents travaillent et n’ont personne pour garder leurs bébés comme l’explique Ahlam « mes parents habitent dans une autre ville, et ma belle mère travaille toujours, donc je n’ai personne pour garder ma petite. Au début je l’ai inscrite dans une crèche où elle a chopé un virus, puisqu’ils mettaient les bébés dans une cave où il n’y avait aucune fenêtre pour l’aération. Il y a quelques mois, j’ai trouvé une entreprise qui forme les baby Sitter, je suis allée les voir et on a signé un contrat, jusqu’à maintenant, les choses se passent bien, la dame est sérieuse, elle est expérimenté et s’occupe bien de mon bébé. »

Ma baby Sitter parle trois langues

Plusieurs familles passent à l’acte en recrutant des nounous venues d’ailleurs. Sénégalaises, philippines ou même françaises représentent de plus en plus un trésor pour les familles marocaines qui veulent enseigner à leur bébé la langue de Molière et Shakespeare, comme l’explique Loubna « Aujourd’hui, les langues sont très importantes dans notre vie quotidienne. Pour cela j’ai recruté une jeune nounou sénégalaise qui communique avec mon bébé et lui enseigne le française. C’est vrai qu’il ne la comprend pas maintenant, mais je veux que ses premiers mots prononcés soient en français, parce qu’il n’aura pas le temps après.  À l’école je veux qu’il maîtrise déjà le français pour qu’il apprenne l’anglais et l’espagnol ».

Ces nounous venues d’ailleurs travaillent généralement dans l’informel. Leurs salaires varient selon leurs compétences mais surtout selon leurs niveaux linguistiques comme l’explique Aminata, une nurse sénégalaise rencontré dans un quartier bourgeois de la métropole « je suis venue au Maroc clandestinement, je voulais rejoindre l’Europe mais ce projet a échoué. Grâce à quelques contacts j’ai pu trouver un emploi chez une grande famille casablancaise. Après avoir passé un entretien, on m’a dit qu’avec mon accent africain je risque de ne pas réussir ma mission de nurse, ils veulent apprendre à leur bébé un bon français, pour cela, ils m’ont donné un petit salaire. Je fais le ménage, la cuisine et je m’occupe du bébé. La semaine dernière ils ont recruté une philippine pour enseigner à leur enfant âgé de 24 mois l’anglais, ils lui ont donné un bon salaire parce qu’elle s’exprime très bien »

Un bon salaire, un mauvais traitement

La majorité des babys Sitter se lamente du traitement de leur employeur. Ces derniers veulent faire d’une pierre deux coups comme l’explique Nadia une baby Sitter diplômée « les marocains veulent avoir deux choses au prix d’un. Mon employeur a signé un contrat avec mon agence de recrutement, ce contrat stipule que je ne m’occuperais que du bébé. Ils ont respecté ce contrat la première semaine, juste après, ils m’ont poussé petit à petit à faire le ménage, la vaisselle et la cuisine, aujourd’hui, je m’occupe de tout ça. Malheureusement, je ne peux pas quitter parce qu’ils ont confisqués mes papiers »

Si les nurses se plaignent du mauvais traitement, les employeurs eux ne sont jamais satisfaits. « La nurse a failli tuer mon bébé, heureusement qu’une voisine a pu le sauver à la dernière minute. Depuis ce temps, je n’ai plus confiance, je n’abandonne jamais mon enfant » explique Amal qui économise le salaire de la nurse.

Les salaires des nurses marocaines varient selon leur niveau d’études, leurs savoir faire et leur compétence. Une baby Sitter formée peut toucher jusqu’à 3000 Dhs le mois. Les critères de choix sont très nombreuses, puisqu’une baby Sitter doit en premier lieu aimer les enfants, savoir s’occuper d’eux, savoir changer les couches, donner les biberons, et pour les plus grands les aider à faire les devoirs.

Où trouver une bonne baby Sitter ?

Une question que se pose la majorité des mamans. Aujourd’hui et dans les grandes villes, des agences de recrutement des baby Sitter poussent comme des champignons. Contrat, salaires convenables, profils intéressants, assurances  sont les promesses présentées par ces agences de recrutement pour convaincre l’employeur qui cherche la perle rare.